Une infection urinaire chez un enfant peut être difficile à diagnostiquer (en particulier chez le bébé) et risque alors d’engendrer de graves complications si on la détecte trop tard.
A noter aussi que les infections urinaires sont plus fréquentes chez les petites filles.
Alors que faire en cas d’infection urinaire chez un enfant qu’il soit tout petit ou plus grand ? Comment la détecter et la soigner le mieux possible ?
L’infection urinaire est assez fréquente chez le petit enfant. On considère que 1% des enfants de moins de deux ans en sont atteints. Le problème n’est pas tant l’infection en elle-même, que la difficulté à la diagnostiquer.
Rien à voir avec l’infection urinaire de l’adulte, facile à détecter, pour le simple fait que l’adulte peut exprimer sa douleur. Ce que le petit enfant ne peut pas faire. Il n’est donc pas rare qu’il y ait des complications à cette infection urinaire. D’où l’intérêt d’y penser chez le petit, face à une fièvre persistante et inexpliquée et un état général altéré.
Des bactéries dans les urines
On parle d’infection urinaire lorsque l’on retrouve des bactéries dans les urines. Les urines normales sont stériles (elles ne contiennent aucun microbe). L’infection urinaire se définit par la concentration de bactéries d’un même type dans les urines : en l’occurrence 100 000 bactéries par ml.
L’infection urinaire est plus fréquente chez les petites filles que chez les garçons : on estime que 3 à 4% de filles en sont atteintes, pour 0,25 % de garçons (ce qui s’explique tout simplement par la longueur de l’urètre, plus importante chez le garçon que chez la fille et rendant plus difficile le trajet des microbes vers la vessie).
Parmi les infections urinaires, on distingue les cystites qui sont les infections de la vessie, et les pyélonéphrites qui touchent le parenchyme rénal.
Le grand enfant, celui qui sait parler, se plaindra de douleurs abdominales et de brûlures en urinant. Les signes de l’infection urinaire pourront être les mêmes que chez l’adulte : des brûlures mictionnelles, des envies impérieuses et parfois du sang dans les urines ou des urines troubles.
Mais pas toujours ! Parfois, c’est une reprise de l’énurésie (un pipi au lit ou dans la culotte) qui peut mettre sur la voie. L’infection urinaire peut également se traduire par des troubles digestifs (ce qui n’est pas le cas chez l’adulte).
Un enfant de moins de deux ans ne saura pas se plaindre. Il n’aura que certains symptômes auxquels il faudra prêter attention le plus rapidement possible. Pensez à une infection urinaire lorsque :
> votre enfant présente une fièvre isolée (dont vous ne connaissez pas la cause),
> Lorsqu’il souffre de troubles digestifs,
> Lorsque son état général vous semble altéré (fatigue, mauvaise mine…),
> Lorsqu’il perd du poids.
Mais, à coup sûr, dès que votre jeune enfant présente une fièvre sans cause, amenez-le chez le médecin qui demandera une recherche spécifique. Il est important de ne pas passer à côté d'une infection urinaire pour en éviter les complications.
Lorsque l’enfant peut faire pipi à la demande, les choses sont beaucoup plus simples. On lui demande, comme le font les adultes, de faire pipi sur une bandelette urinaire.
Grâce à cette bandelette, le médecin pourra détecter la présence éventuelle de sang, de leucocytes (les globules blancs, signes d’une infection) ou de nitrites (dont la présence est favorisée par certains germes, notamment les colibacilles).
Si l’un de ces éléments est présent sur la bandelette, alors une analyse des urines, pratiquée en laboratoire, pourra être demandée : c’est l’ECBU (examen cytobactériologique des urines) qui permettra de déterminer de quel microbe il s’agit. Pour cela, l’enfant devra déposer un peu d’urine dans un petit flacon stérile, vendu en pharmacie ou proposé au laboratoire.
Chez le petit enfant
Le moyen de diagnostiquer une infection urinaire chez le bébé est plus compliqué que chez l’adulte. Chez l’adulte, ou chez le grand enfant, il suffit de faire pipi sur une bandelette ou dans un petit bocal, pour que l’analyse d’urine soit effectuée.
Chez le tout petit, c’est beaucoup plus difficile. L’enfant n’est pas encore propre. Il ne sait pas retenir ses urines, ni les évacuer sur commande. Et là, réside la difficulté. Il va falloir aller chercher l’urine jusque dans la vessie.
Avant l’âge de deux ans, il va donc falloir poser un collecteur d’urine (urinocol) : une espèce de poche adaptée spécialement pour recueillir l’urine. Il s’agit d’une sorte de petit sac que l’on pose sur le zizi du petit garçon ou sur la vulve de la fille.
Cela dit, le prélèvement, même avec ce système, est parfois difficile. Si le collecteur d’urine reste trop longtemps en place, les résultats de l’analyse peuvent être faussés par la stagnation des urines, par d’éventuelles émissions vulvaires ou par des selles. Le prélèvement des urines dans la couche est forcément source d’erreur.
Si le prélèvement s’avère trop difficile, on peut avoir recours à une sonde. Ou encore à une ponction sous-pubienne (on atteint la vessie par l’extérieur, à l’aide d’une aiguille dans le ventre). C’est le moyen le plus sûr, mais la méthode n’est utilisée qu’en cas de difficulté de diagnostic.
Différents microbes peuvent être responsables d'une infection urinaire. Le plus souvent Escherichia coli est en cause dans les infections urinaires de l'enfant. Il s’agit d’une bactérie intestinale, normale et utile, lorsqu’elle n’est pas en trop grand nombre.
Escherichia coli n’est pathogène, c’est-à-dire qu’elle n’entraîne une maladie ou une infection que lorsqu’elle est localisée en dehors des intestins.
La bactérie peut alors provoquer des méningites, des abcès, des septicémies, mais avant tout des infections urinaires.
Plus rarement, la bactérie responsable peut être Proteus, ou un streptocoque particulier appelé entérocoque à l'origine de l'infection urinaire.
Plusieurs causes sont à chercher lorsque le petit enfant présente une infection urinaire ou plutôt quand existe une récidive d'infections urinaires. L’une qu’il ne faudra pas négliger, est une malformation des voies urinaires, entraînant un reflux vésico-urétéral.
Le reflux vésico-urétéral correspond à l’urine qui remonte de manière anormale de la vessie vers un rein, voire les deux. C’est relativement fréquent chez le petit enfant, en raison de la longueur insuffisante de ses uretères (qui mènent l’urine, du rein à la vessie) et d’une béance entre la vessie et l’uretère. En fait, il s’agit, dans la plupart des cas, d’une immaturité du système urinaire qui disparaît avec le temps.
Le traitement de ce reflux vésico-urétéral peut être médical ou chirurgical. Dans un premier temps, si le reflux est important et si l’enfant est très jeune, c’est la chirurgie qui sera préférée. Si l’enfant est plus grand et que le reflux est modéré, un traitement antiseptique pourra être proposé grâce à la prise d'antibiotiques pendant un à deux ans.
Si après un traitement médicamenteux, l’enfant est victime de nouvelles poussées infectieuses, il faudra opérer pour éviter les cicatrices rénales pouvant conduire à une insuffisance rénale.
Les facteurs favorisants
Les facteurs favorisant une infection urinaire chez l'enfant sont nombreux, surtout chez le bébé. D’abord, l’hygiène. Les organes génitaux de nos bébés sont en permanence entourés de couches. Même si on les change le plus souvent possible, ces couches contiennent des urines qui stagnent et des matières fécales.
Les risques d’infections ascendantes sont toujours possibles. Dans ce cas, les microbes vont de l’extérieur de la couche, vers l’intérieur : le système urinaire.
Ensuite, le dysfonctionnement vésical ou l’immaturité vésicale. Les petits éliminent mal la totalité de l’urine contenue dans leur vessie. Du coup, l’urine stagne dans la vessie, ce qui favorise la multiplication microbienne.
La constipation joue un rôle favorisant. Et c’est facile à comprendre. Pour la même raison, les matières fécales stagnent dans le côlon (tout près de la vessie), les bactéries s’y multiplient, qui peuvent migrer vers la vessie. D’où l’importance de traiter la constipation du petit enfant.
Un phimosis peut également favoriser les infections urinaires, chez le garçon. Le prépuce est trop étroit, trop serré et cela entraîne, là encore, une stagnation des urines.
Une vulvite, chez la petite fille, peut également provoquer une infection urinaire. La vulvite peut être générée par les couches.
Une infection urinaire se traite par antibiotiques administrées le plus rapidement possible.
Traitement par antibiotiques
Plus l’enfant est petit, plus le traitement antibiotique devra se faire par voie intraveineuse. Ce qui nécessite alors bien sûr une hospitalisation. Le plus rapidement possible, le médecin passera de la perfusion à l’antibiothérapie par voie orale.
Ce sont les céphalosporines de troisième génération qui sont généralement prescrites.
A partir de deux ans, le traitement pourra se faire d’emblée par voie orale.
> Avantage du traitement par voie intraveineuse : la rapidité d’action. L’efficacité est bien meilleure que par voie orale.
> Inconvénient : l’enfant doit être hospitalisé.
Entretien avec un médecin spécialiste, le docteur Georges Picherot, chef du service de pédiatrie du CHU de Nantes.
Quels examens peuvent être effectués pour rechercher les causes d’une infection urinaire ?
Il est très important de bien déterminer la cause de cette infection urinaire, et de savoir notamment si c’est une anomalie rénale qui en est à l’origine.
Pour cela, le médecin pourra vous demander de faire effectuer plusieurs examens complémentaires, surtout s’il y a une ou plusieurs récidive(s) d'infections urinaires :
> Une échographie rénale est demandée systématiquement. L'examen n’est pas douloureux, pas invasif et donnera une vision précise de l’état des reins de votre enfant, leur taille, des uretères ou d’éventuelles anomalies de la vessie.
Suivant les résultats de l’échographie, le médecin pourra demander :
> Une scintigraphie rénale. Un produit de contraste faiblement radioactif, sera injecté dans une veine du bras qui sera ensuite filtré par le rein, avant de partir dans les urines. Ainsi, tout le trajet rénal et urinaire pourra être visualisé, ainsi que les éventuelles malformations ou dysfonctionnements.
> Une cystographie rétrograde. Il s’agit de visualiser la vessie et l’urètre, après avoir opacifié l'urètre et la vessie. Une petite sonde souple est introduite par les voies naturelles jusque dans la vessie. Là, un produit de contraste (iodé) est injecté dans l vessie permettant la réalisation de clichés avant, pendant et après la miction.
Quelles sont les complications d’une infection urinaire chez l’enfant ?
Chez l’enfant, une infection urinaire n’est jamais banale. La difficulté de diagnostic augmente, et de fait, le risque de complications. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, chez le petit enfant le diagnostic se fait souvent au stade de la pyélonéphrite, lorsque l’infection a déjà atteint les reins.
Ce que l’on craint, est aussi la diffusion des microbes dans tout l’organisme : une septicémie.
A craindre également les cicatrices rénales. Ce sont des lésions laissées par l’infection qui évoluent vers une fibrose (un amincissement du parenchyme, du tissu, rénal). Ces cicatrices peuvent provoquer une insuffisance rénale.
Pour finir, quels conseils donneriez-vous aux parents ?
Face à une fièvre inexpliquée, il faut penser à la possibilité d’une infection urinaire. N’oubliez pas que votre petit enfant ne peut pas exprimer la douleur comme un enfant plus grand ou comme un adulte.
D’autre part, les symptômes de l’infection urinaire sont légèrement différents chez l’enfant et chez l’adulte. Il est donc important d’y penser, même si l’enfant ne se plaint pas ou ne peut pas se plaindre de douleurs abdominales ou de brûlures mictionnelles.
Il est donc important de réagir le plus rapidement possible pour éviter les complications.
Cependant, il faut savoir que le diagnostic est toujours assez difficile à établir, en raison des prélèvements d’urines compliqués chez le petit enfant.
Une fois le diagnostic vérifié, et les causes établies, le traitement reste assez simple et repose essentiellement sur les antibiotiques.
Témoignage de Béatrice, maman d’une petite Elodie touchée par une grave infection urinaire.
Votre fille a eu une infection urinaire alors qu’elle n’avait que quelques mois. Comment l’avez vous découvert ?
Elodie avait six mois. Elle commençait à aller en collectivité.
Elle était très en forme. Tout allait bien, elle grandissait bien et était très éveillée.Et puis, ça a commencé un week-end. Chez mes beaux-parents ! Elle s’est mise à avoir beaucoup de fièvre et à vomir, à avoir la diarrhée. On a tout de suite pensé que c’était une Castro.
Elle commençait à aller à la crèche. On le sait bien, quand les enfants arrivent en collectivité, ils attrapent souvent des gastros. Donc, nous sommes allés voir le médecin de famille de mes beaux-parents.
A la campagne. Et, comme nous sommes arrivés auprès de lui, en lui disant avec assurance : « c’est une gastro, elle commence la crèche », il n’est pas allé chercher plus loin. Il nous a dit de bien l’hydrater, de lui donner les classiques médicaments pour faire baisser la fièvre et de ne pas nous inquiéter.
Et alors ? Que s’est-il passé ?
Et bien, ça ne s’est pas passé. Elle a continué à vomir, à pleurer, à avoir de la fièvre. Nous sommes rentrés chez nous. Et la nuit qui a suivi, a été terrible. Notre fille était très mal. Elle avait une mine épouvantable. Quand elle ne pleurait pas, elle était toute molle. Bref.
On est allés aux urgences. Et je crois qu’on a bien fait. Je ne sais pas trop ce qui se serait passé si on avait attendu plus longtemps.
Les médecins ont tout de suite diagnostiqué une infection urinaire ?
Pas immédiatement, non. Mais, comme on lui a fait différents examens, en effet, ils ont fini par penser à cette possibilité. Et là, moi, j’ai été très surprise.
Parce qu’elle n’avait aucun signe qui puisse faire penser à une infection urinaire ! J’en ai déjà eu, moi. Et ça ne faisait pas pareil. Mais, en fait, pour être sûr qu’il s’agissait bien de ça, il a fallu faire des examens bien plus compliqués que chez les adultes. Pour prélever
L’urine, il a fallu la sonder. On a découvert ce qu’elle avait une pyélonéphrite. C’est-à-dire que l’infection était remontée jusqu’aux reins. Par mon témoignage, j'insiste sur ce fait : heureusement qu’on l’a emmenée aux urgences, ce soir-là.
Quel traitement a-t-elle reçu ?
Des antibiotiques. Elle a dû rester hospitalisée plusieurs jours. Elle était perfusée. C’était très impressionnant pour nous, de la voir comme ça. Cependant, très rapidement, elle est allée beaucoup mieux.
Quand elle est rentrée à la maison, elle a continué son traitement d’antibiotiques. Et on a attendu. Le médecin nous a dit qu’il pouvait s’agir simplement d’un épisode comme ça. Donc on a attendu. Et ça ne s’est jamais renouvelé.
Elle va très bien. On a fait des examens pour contrôler et tout s’est arrangé. Mais, vraiment, c’est une chose à laquelle je n’aurais jamais pensé !
Source : http://sante-az.aufeminin.com