Vous souffrez de fourmis dans les doigts en permanence ? 130 000 personnes se font opérer chaque année du canal carpien. Zoom sur cette maladie fréquente mais méconnue.
Une maladie liée au vieillissement de la population
Le syndrome du canal carpien existe depuis que le monde est monde ! Il a été mis en évidence dans les années 1950, lorsque l'espérance de vie a augmenté. Car c'est avant tout une maladie qui touche principalement les plus de 50 ans.
Avant les années 1950, rares étaient ceux qui les dépassaient. A l'époque, on notait les "fourmis" dans les doigts, mais on ne faisait rien pour traiter. Il y avait pire : les personnes blessées de guerre, la tuberculose, etc.
Avec l'évolution de la médecine, on prend désormais conscience que des pathologies peuvent dégrader la qualité de vie. Aujourd'hui, on s'occupe de toutes les maladies, y compris celles qui sont moins "graves".
C'est extrêmement fréquent.
C'est la deuxième opération la plus courante, après l'opération de la cataracte.
On considère qu'environ 10 % de la population est concernée par le syndrome du canal carpien.
Le nerf est bloqué par le ligament du poignet
Le syndrome du canal carpien, c'est l'histoire d'un nerf, le nerf médian. Pour bien comprendre, il faut imaginer le poignet comme un tunnel.
"Le nerf médian, responsable du syndrome du canal carpien (appelé à plus juste titre "tunnel carpien" dans les pays anglo-saxons), va de la colonne vertébrale à l'épaule, du bras jusqu'au bout des doigts.
Il est responsable de la sensibilité de la pulpe des doigts et particulièrement du pouce, de l'index et du majeur, mais aussi de leur mobilité (d'autres nerfs agissent sur les autres doigts)", explique le Pr Philippe Liverneaux, chef du service de chirurgie de la main et des nerfs périphériques des hôpitaux universitaires de Strasbourg.
Le canal carpien est constitué de nerfs, d'os et de tendons qui contrôlent les mouvements des doigts (et ligaments) qui s'engouffrent du bras aux doigts. Le nerf médian est au centre de tout ça, entouré comme dans un tunnel.
Le "toit" du tunnel est constitué du ligament alors que le "sol" des os du poignet. Le problème, c'est que le long du nerf médian, il peut y avoir des compressions.
En regardant du bras jusqu'à la main, on se rend compte qu'il y a comme un entonnoir au niveau du poignet.
"Comme l'eau dans un tuyau d'arrosage peut être bloquée en mettant le pied dessus, le nerf peut avoir également un point de compression qui diminue la sensibilité nerveuse. L'influx nerveux passera alors de moins en moins, jusqu'à disparaître", explique le Pr Liverneaux.
"Naturellement, avec l'âge, le ligament s'épaissit, jusqu'à comprimer le nerf médian. Mais cette compression peut durer des mois voire des années avant que n'apparaissent les premiers engourdissements", note le spécialiste.
Les hormones aussi responsables Autre cause d'épaississement du ligament, la nuit. En fait, pendant la nuit les hormones sécrétées varient de celles du jour.
C'est le cortisol, une hormone corticostéroïde, qui prévient l'apparition d'un œdème et fait gonfler les tendons.
Le cortisol est très peu sécrété la nuit.
Résultat : le nerf est comprimé et des douleurs nocturnes apparaissent. Vous pouvez tous le voir au quotidien : les doigts sont plus gonflés le matin que le soir.
"Les souris d'ordinateur et les téléphones portables n'y sont pour rien !" Il y a deux types de patients : "D'abord la femme d'une cinquantaine d'années, en périménopause.
L'âge et les dérèglements hormonaux perturbent le cycle du cortisol et aggravent l'œdème naturellement présent.
L'hypothyroïdie accentue également l'œdème.
L'autre patient type, c'est le jeune homme dans la trentaine. Il est généralement travailleur manuel.
Le syndrome du canal carpien est cette fois dû aux muscles. Les muscles de l'avant-bras (trop musclés) descendent trop bas et compriment le canal.
Ce n'est donc pas une question d'œdème mais de musculature qui diminue la place laissée au nerf médian", explique le Pr Liverneaux.
"Les souris d'ordinateur et les téléphones portables n'entraînent pas de syndrome du canal carpien !", s'exclame le médecin.
Ce sont le plus souvent des tendinites, une inflammation douloureuse des tendons au niveau du poignet. En revanche, il est vrai que toutes les pathologies hormonales (diabète, hyper/hypothyroïdie, etc.) aggravent l'œdème et donc le syndrome du canal carpien.
Causes le plus souvent inconnues
"Concernant les causes du syndrome, dans la plupart des cas, elles sont inconnues (causes idiopathiques).
Pour l'infime part restante, il existe une cause précise comme une pathologie (polyarthrite rhumatoïde, synovite, la plupart des rhumatismes inflammatoires chroniques, etc.) qui font grossir les tendons et donc aggrave la compression des nerfs", précise le spécialiste.
Le syndrome du canal carpien touche dans la majorité des cas les deux poignets, souvent avec une évolution décalée de quelques mois. Mais dans certains cas, seul un côté est touché, on parle de syndrome du canal carpien unilatéral.
Les causes doivent être recherchées : fracture du poignet (cal osseux, plaque, entraînant une compression du nerf), tumeur bénigne (lipome ou boule de graisse situé au niveau du canal carpien) ou encore arthrose du poignet.
Dans ces cas, l'opération est indispensable.
Il est important d'en parler avec son médecin référent
En cas de douleur au poignet, de fourmillement dans les doigts ou encore de réveils nocturnes liés à ces symptômes, il faut consulter son médecin référent.
Il pourra alors établir un diagnostic et évaluer la possibilité d'un syndrome du canal carpien. Mais ce n'est pas le seul diagnostic possible.
Il vous fera passer un électromyogramme, qui permet de visualiser l'état du nerf médian en analysant la vitesse de la réponse nerveuse. "Si le nerf n'est pas comprimé (vitesse nerveuse rapide), c'est qu'une autre cause est à l'origine des symptômes.
Si le nerf est un peu comprimé (vitesse nerveuse ralentie), le médecin prescrira le port d'une attelle nocturne et orientera le patient vers un rhumatologue qui pourra, s'il l'estime nécessaire, procéder à des infiltrations (trois au maximum).
Enfin, si le nerf est très comprimé (vitesse nerveuse très lente), direction le chirurgien qui opérera rapidement", termine le Pr Philippe Liverneaux.
L'attelle et les infiltrations sont prescrits avant l'opération
Une fois le diagnostic posé, plusieurs prises en charge sont possibles mais elles sont généralement essayées dans cet ordre : L'attelle est proposée en première intention.
A porter la nuit, elle permet d'éviter de dormir avec le poignet fléchi (ce qui aggrave la compression et provoque les douleurs nocturnes).
Les infiltrations de corticoïdes sont utilisées pour diminuer l'œdème.
Elles jouent le rôle que le cortisol ne joue pas assez. Elles permettent donc de diminuer la pression dans le canal.
Toutefois, cela n'est qu'une solution temporaire. Généralement il faut en faire plusieurs, à plusieurs mois d'intervalle. En plus, les corticoïdes sont néfastes pour les tendons, on limite donc à trois infiltrations par poignet.
L'opération reste la solution radicale : il s'agit de couper le ligament pour libérer le nerf. Elle est utilisée soit lorsque le nerf est très comprimé, soit après trois infiltrations.
La section du ligament permet d'agrandir le tunnel carpien et donc de diminuer la compression du nerf médian. Il existe différentes techniques opératoires, mais les résultats sont les mêmes, quelle que soit la technique.
Le plus important est de laisser le chirurgien effectuer la technique qu'il connaît le mieux pour obtenir les meilleurs résultats. L'opération a lieu sous anesthésie locale (juste la main) ou locorégionale (tout le bras). L'anesthésie générale est rare et évitée autant que possible.
Les antalgiques inefficaces
"Une seule main est opérée pour éviter d'handicaper davantage le patient pendant les plusieurs mois de convalescence. Mais il est hautement conseillé de se faire opérer l'autre côté rapidement, un an après en moyenne, le temps de la cicatrisation.
La raison est simple : il est indispensable d'opérer avant que le nerf ne soit trop abîmé si on veut une bonne récupération, détaille le Pr Liverneaux.
Le repos en dehors du postopératoire n'est pas conseillé en cas de syndrome du canal carpien : il faut continuer à vivre, ce n'est pas une maladie grave !", précise le médecin.
Les antalgiques sont inefficaces pour soulager ce syndrome.
De même, la prescription de magnésium est utile en cas de spasmes mais pas dans le cas du syndrome du canal carpien.
L'acupuncture est à éviter si les nerfs sont déjà comprimés.
La récupération est d'autant plus rapide que le nerf est peu atteint Pour l'opération, peu importe la technique chirurgicale utilisée, les résultats sont identiques : dans 99 % des cas, c'est une réussite !
La rupture du ligament entraîne une perte légère de la force de la main après l'opération mais le ligament se reconstitue et sous 1 à 3 mois, le tonus original est généralement retrouvé.
"Attention : la récupération sera d'autant plus rapide que le nerf est peu atteint. Il est donc préférable de se faire opérer rapidement, plutôt que de souffrir pendant vingt ans !
Le temps de récupération est lié à la repousse du nerf qui grandit d'1 mm en moyenne par jour, comme les cheveux", précise le Pr Liverneaux.
Des échecs aux causes variables
Dans le 1 % restant, il peut y avoir des échecs aux causes variables. La première cause possible est la faute technique ou chirurgicale.
C'est une opération simple, mais qui doit avant tout être pratiquée par un spécialiste, qui en fait régulièrement.
Autre cause possible : le nerf est pris dans la cicatrice de l'opération et ne peut alors plus bouger normalement.
Le patient peut également être responsable : en venant trop tard se faire opérer.
Dans ce cas, le nerf est déjà trop abîmé pour récupérer après l'opération. A noter que les résultats sont imprévisibles dans ce cas.
Enfin, il est indispensable de prendre en compte les problèmes et les angoisses des patients. La main est d'ailleurs souvent nommée "le carrefour des angoisses".
"Pour les patients en échec, une ré-opération est possible, mais elle est plus complexe, pas sans risques, et les bénéfices ne sont pas garantis.
Dans ces cas-là, une autre technique opératoire est essayée (la même technique mènerait aux mêmes résultats), avec parfois la pose d'un implant à base de silicone, par exemple" ajoute le spécialiste.
Ce qu'il faut retenir
Le syndrome du canal carpien se caractérise par des fourmillements digitaux qui peuvent être associés à des réveils nocturnes.
Il ne faut pas confondre cette pathologie avec les tendinites. L'attelle est proposée dans le cadre des douleurs nocturnes pour maintenir...
Source : http://www.journaldesfemmes.com |